Le retournement violent du choix par « dépit »

29 03 2013

« Une partie du pays ne m’apprécie pas, et alors? Moi, j’aime tous les Français »

C’est en ces termes quelque peu ambigus que s’est exprimé hier soir le Président de la République François Hollande, durant son intervention télévisée tant attendue après 10 mois à la tête du pays. Mais malgré l’apparence sympathique et « gentillette » de cette déclaration, deux erreurs majeures sont venues s’y glisser avec insolence et fracas.

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Premièrement, j’ai la certitude qu’il ne s’agit pas d’une appréciation de sa propre personne. En effet, il serait parfaitement inadapté d’apporter un jugement personnel et ad hominem en ces temps si difficiles où l’action doit primer sur la représentation. Contrairement à Nicolas Sarkozy, qui pouvait souvent être critiqué moins pour ce qu’il faisait que pour ce qu’il était (raisonnement bancal que je trouve absolument inefficace et inutile), François Hollande est décrié bien plus pour ce qu’il fait que pour ce qu’il est.

La deuxième erreur (ou plutôt approximation calculée) est, quant à elle, liée à « la partie » du pays que François Hollande sait insatisfaite. Par un formidable euphémisme, il voulait certainement parler des 51%  de français qui voient en lui un « mauvais Président », quand à peine 22% de nos concitoyens pense le contraire (27% n’ont pas souhaité s’exprimer).

Source : Sondage mensuel de l’institut CSA pour BFM TV

Bien entendu, il faut sans cesse garder à l’esprit cet adage formidable qui dit que « les chiffres sont comme les gens, si on les torture assez, on peut leurs faire dire n’importe quoi ». Cependant, on ne peut glorifier les sondages lorsqu’ils vous sont favorables et les incriminer lorsque les résultats sont maussades et alarmants. Tout en restant précautionneux quant à l’échantillonnage étudié, au mode d’administration utilisé et à la difficulté toujours présente de généraliser ces-mêmes résultats, il apparait nécessaire d’appréhender ces signaux pour ne pas passer sous silence une tendance assez forte.

Je dois cependant vous avouer que ce désamour ambiant ne m’étonne guère : en effet, François Hollande ne fait que recevoir de plein fouet le boomerang qu’il a lui-même lancé pendant la campagne présidentielle, un boomerang anti-Sarkozyste qui, malgré les conséquences que l’on constate aujourd’hui, a porté ses fruits durant la campagne présidentielle. Durant cette course effrénée de 2012, François Hollande n’a pas su créer l’adhésion nécessaire afin de générer une mobilisation pour la candidature Hollande et non pas contre l’homme Sarkozy. Il s’est tout bonnement contenté de surfer sur la vague prédominante sans pouvoir susciter un engouement fort autour de son projet et de sa vision. C’est ainsi que s’est construit un vote « par dépit », porté davantage par une hostilité envers l’ancien Président de la République que par une adhésion claire et affichée au candidat socialiste.

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L’étude des reports de voix au 2nd tour de l’élection présidentielle de 2012 est représentative de cette analyse : François Hollande a largement bénéficié des suffrages des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (celui qui aujourd’hui passe son temps à fusiller en bonne et due forme le Président et son gouvernement) ainsi que du poids conséquent du vote blanc (ou nul) et de l’abstention des électeurs de François Bayrou et Marine le Pen. De plus, la proportion d’électeurs de Marine Le Pen et de François Bayrou ayant voté pour François Hollande au 2nd tour est bien plus importante que celle des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ayant voté pour Nicolas Sarkozy. Je dois, il est utile de le rappeler, avouer qu’il s’agit tout de même des logiques de 2nd tour et que ces reports sont l’essence même du processus d’élection du Président de la République. Cependant, c’est cette fois l’étude des motivations de vote qui permet de mieux comprendre ce phénomène et de prouver l’existence réelle d’un vote par dépit : 55% des électeurs de François Hollande l’ont choisi pour barrer la route à Nicolas Sarkozy. Parmi ces 55%, 71% des électeurs ayant voté Jean-Luc Mélenchon au 1er tour affirmaient également que leur motivation première était de « sortir » le candidat UMP (la proportion des électeurs du 1er tour de  François Bayrou ayant la même motivation était de 75%).

Source : étude Ipsos – 2nd tour présidentielle 2012, Comprendre le vote des Français, Logica Business Consulting pour France Télévisions, Radio France, Le Monde et Le Point

Mais aujourd’hui, Nicolas Sarkozy n’est plus là et les difficultés économiques, sociales et sociétales sont quant à elles toujours présentes. Les français se retrouvent avec un Président qui peine à les rassurer sur les perspectives à entrevoir et ont à subir un flou total, dénué de toute vision à long-terme :

Quand je me suis présenté à l’élection, je connaissais la situation, je connaissais la crise qui frappait l’Europe. Comment l’aurais-je sous-estimée ? En revanche nous n’avions pas anticipé que cette crise allait durer plus longtemps que prévu. »

Mais que pensait François Hollande ? Que la crise qu’il dit avoir estimée à sa juste valeur (donc aussi violente et forte qu’elle l’est réellement) allait se terminer 2 ou 3 mois après son élection ? Qu’une fois Nicolas Sarkozy parti, toutes les origines du désastre allaient s’évaporer ? C’est justement ce manque de discernement et cette capacité à prévoir une Politique stratégique tournée vers l’avenir qui paralyse totalement le pays et affecte fortement l’espoir des français.

L’année 2013 risque d’être semée d’embuches pour le Président de la République, tiraillé entre sa gauche qui lui assène les coups les plus douloureux (les charges Mélenchoniennes sont la preuve évidente d’une divergence profonde et d’une rupture consommée à gauche) et la droite (remarquons bien entendu que le FN préfère garder ses cartouches les plus fortes contre son ennemi UMP, stratégie politique en vue de 2017 oblige) qui pointe avec vélocité ses faiblesses et ses manquements.

Monsieur le Président, si cette année 2013 parait plutôt difficile pour vous, imaginez celle que vont connaitre des millions de français, inquiets et affaiblis par des sujets sensibles tels le chômage, la compétitivité française, les plans sociaux, la crise européenne, l’épineux problème des retraites, etc. Des sujets sur lesquels malheureusement,  vous n’arrivez toujours pas à nous convaincre.

Anthony Liguori


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